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La folle histoire d’ Ethereum Classic


Par Cyril Grunspan, Responsable pédagogique du département ingénierie financière de l’ ESILV (Ecole Supérieure d’Ingénieurs Léonard de Vinci).






Cyril Grunspan
Cyril Grunspan
Vous connaissez le bitcoin ?

Un dispositif à l’origine amateur pour envoyer de l’argent liquide et devenu en très peu de temps le plus grand réseau de calcul distribué au monde. Je résume. Papa Bitcoin a donné forme à une nouvelle idole : la décentralisation. Pas la décentralisation à la française qui consiste en un retour au moyen-âge avec la réapparition de fiefs féodaux. Non, une vraie décentralisation où personne n’a de pouvoir hormis la collectivité dans son ensemble. La monnaie était depuis l’origine – et ce qu’elle n’a jamais cessé d’être – le signe de la manipulation de l’Etat ? Voici une monnaie libre sans possibilité de trucage. Idole, c’est un peu fort. Disons référence ultime de la part de ceux qui se revendiquent sans ni dieu ni maître (ou bien de ceux qui modestement et sans forcément le dire, n’ont pas brisé tout idéal en eux). Proposer un modèle qui remet en cause la décentralisation, c’est passer dans le camp de R3 et des blockchains bancaires. Le camp du pognon…

Un modèle centralisé, en effet, est un modèle où celui qui est au centre a pouvoir de vie ou de mort sur les autres qui dépendent de son bon vouloir. C’est au final toujours la même histoire de l’esclave et du maître (voire du « client-serveur »). En même temps, il suffit que celui au centre tombe malade et tout s’écroule. Le système est fragile. Mais Bitcoin, ce n’est pas seulement pour employer des termes savants d’informaticiens une résolution du problème des généraux byzantins ; c’est aussi l’avènement des « smart contracts » proposés la première fois par le visionnaire Nick Szabo au début des années 90. Une transaction bitcoin, dans sa forme la plus simple, est déjà un contrat intelligent. On rassemble côte à côte deux bouts de codes écrits dans un même langage de programmation (des « snippets » qui représentent pour l’un les conditions d’application du contrat et pour l’autre les preuves nécessaires afin qu’il se déclenche) et on exécute. Si ça marche, on valide et on inscrit dans le registre. La transaction financière est acceptée. Pour plus de sécurité (on ne joue pas avec l’argent), Papa Bitcoin avait interdit les possibilités de se fourvoyer dans des boucles infinies. Le langage de programmation était volontairement succinct.

Mais voilà fiston Ethereum qui dit à son papa qu’il est dépassé et qu’on est maintenant au vint-et-unième siècle. Vingt-et-unième siècle papa, tu te rends compte ? On ne peut pas continuer à vivre dans un monde avec un langage de programmation comme ton langage de pile qui remonte aux années 1960, à un âge où tu n’étais d’ailleurs pas né ! Perso, moi le fiston, je veux ma blockchain (i.e., mon registre) où l’on pourrait faire tourner dessus des beaux contrats intelligents grâce à un vrai langage de programmation Turing-complet (avec possibilité de faire des boucles !). Que répondrait-on à un ado tenant un tel discours ? Hé bien vas-y, vis ta vie, brûle-toi les ailes. On t’aura prévenu… Attention aux boucles infinies !

En vérité, Ethereum contient une protection astucieuse contre les boucles infinies : le fait que le code ait un coût d’exécution en termes de « gaz » (oui, fiston Ethereum était un peu dans un trip « éthéré » quand il a proposé son nouveau réseau…) et le gaz est lié à l’éther (le prix du gaz est de 10 « Szabo » actuellement et un « Szabo » vaut 0.000001 ether). Voir par exemple ether.fund. Plus de gaz et le moteur (la machine virtuelle d’Ethereum) qui sert à exécuter les contrats s’arrête. Mais si un élément de la boucle conduit à gagner des éthers, la boucle s’auto-alimente jusqu’à ce qu’il n’y ait plus d’éther à siphonner !

Ceci n’était qu’un petit rappel…

Acte 1 : les malheurs de « The DAO »

Au départ, il y a l’arnaque de « The DAO » qui réussit à vendre son soit-disant « contrat intelligent » mais en réalité totalement pourri à une communauté très diverse d’investisseurs pour un total de 150 millions de dollars. Arnaque, c’est trop fort, je ne pense pas que les responsables de slock.it soient de véritables escrocs avec volonté préméditée de nuire. Par contre, arrogants et donneurs de leçon, sans doute. La société slock.it (se remettra-t-elle de cette déconvenue ?) arbore fièrement les bannières de Microsoft et Samsung sur son site, comme quoi même les plus grands de ce monde peuvent aussi être victimes d’illusions numériques. Ah ça faisait bien d’afficher les drapeaux de tels partenaires ! Ça donnait de la confiance !

En tout cas, des tas de gens, tels des papillons un soir de tombée de manne, attirés par les réverbères des villes de campagne, se sont rués sur les promesses de la start-up californienne. En souscrivant à ce contrat, on avait la possibilité de devenir actionnaire de projets à venir sur la plate-forme Ethereum. Vu qu’elle était présentée comme un « ordinateur global » à la conquête du monde, que des tas d’entrepreneurs avec des idées sensationnelles allaient rejoindre la communauté Ethereum, il était clair pour beaucoup que « The DAO » était le coup du moment. Le bon investissement à faire. Surtout qu’en cryptofinance (disons, dans la finance apparue après la création du Bitcoin) plus encore qu’ailleurs, c’est vraiment celui qui est au tout début du lancement d’un nouveau projet qui en récolte les fruits. En occultant volontairement le fait qu’il n’y avait toujours réellement aucun réel projet concret qui mérite d’être considéré par ces actionnaires en herbe… Au fond, les gens, quand ils décident d’investir, le font souvent de manière totalement irrationnelle. L’argent comme l’amour est manifestement aveugle…

« The code is law », yeah, ça fait bien de le dire… Par contre, personne n’avait lu le contrat qu’il venait d’acheter ! Hé oui, d’habitude on relit plusieurs fois un contrat papier du type d’assurance-vie avant de souscrire. Mais là non ! Du reste, dans un souci de transparence, les développeurs avaient tout mis en ligne et exhibaient donc fièrement leur incompétence puisqu’un petit malin a trouvé une faille qu’il n’a fait qu’exploiter. Tout dépend de ce que l’on entend par « hacking ». Personne n’est rentré frauduleusement sur le compte d’un autre pour lui voler ses sous. Non. Par contre, un ou une informaticienne (ou un groupe d’entre eux) a tiré profit d’un beugue dans le contrat de « The DAO » pour vider les caisses et s’octroyer un beau pactole d’environ 50 millions de dollars en éthers (l’éther est la crypto-monnaie associée au réseau Ethereum).

Acte 2 : le « fork »

Alors, que fallait-il faire ? La pression était forte pour que les investisseurs de « The DAO » retrouvent leur argent. Or l’argent ayant été vidé sur un compte dont seul l’attaquant possèdait la clé secrète associée, il était rigoureusement impossible de le forcer à rendre sa cagnotte de 50 millions. Et puis selon moi, il ne s’agissait pas d’un hacker au sens où il faut l’entendre. Il n’était cependant pas faux non plus de dire qu’il avait détourné de l’argent. Au sens moral, c’était un voleur. Au sens juridique, sur la base de la maxime « The code is Law », il n’avait rien fait d’illégal…

On s’est alors retrouvé dans la situation où la principale activité du réseau Ethereum était l’investissement pour « The DAO » et un petit malin venu secrètement briser le rêve de fortune de milliers d’investisseurs… La pression était forte pour opérer un retour en arrière. Vous savez, dans les jeux parfois, il y a un petit bouton du type « roll back » utile quand on joue aux échecs contre un ordinateur et qu’on a fait une grossière erreur… On appuie sur le bouton et on reprend la partie quelques coups avant ! Hop ! Ni vu ni connu… Personnellement, étant très étourdi, je n’ai jamais pu battre un ordinateur d’une autre façon (c’est de la triche, je sais…). Là, idem, la pression était forte pour un « hard fork ». J’expliquerai le concept de « fork » et la différence entre « soft fork » et « hard fork » une autre fois si j’en ai le courage mais disons simplement que le « fork » dans ce cas signifiait revenir en arrière, changer le registre afin de se retrouver à l’état du monde d’avant l’attaque de « The DAO ». Autrement dit, on s’est mis à proposer à la communauté la possibilité de déchirer carrément les dernières pages de la blockchain d’Ethereum, c’est-à-dire d’effacer les traces de l’attaque. Solution radicale. J’avais à l’époque crée et invité les gens à participer à un petit sondage (pour ou contre le « fork ») et j’avais moi-même voté contre (ceci juste pour s’amuser alors que je ne possède aucun ether).

J’avais voté contre pour plusieurs raisons (j’imagine que ceux qui comme moi étaient contre avaient les mêmes motivations) :

- Ce n’est pas parce qu’une escroquerie a lieu qu’on va annuler toutes les transactions qui ont eu lieu au même moment. Tant pis pour ceux qui ont fait confiance à un contrat pourri. Ils n’avaient qu’à faire attention.
- Si on s’amuse à faire cela une fois, cela créera un précédent. Pourquoi revenir en arrière cette fois-ci et pas dans le futur quand une autre opération douteuse se produira ? Sur quels critères a-t-on le droit de revenir en arrière ?
- Et surtout, faire cela, c’est contre l’esprit de décentralisation. C’est donner le signe que le réseau est contrôlable par un groupe de personnes (dans ce cas, la fondation Ethereum et un petit groupe de développeurs).

L’argent contre la morale anar… Évidemment, l’argent a gagné. Il y a eu un vote (1) suite à une proposition de la fondation Ethereum qui a été acceptée par 85% des acteurs. Toutes les personnes flouées étaient probablement pour. L’essentiel des mineurs aussi. C’est la suite le plus marrant.

Acte 3 : « Ethereum Classic »

La suite, c’est que même fort d’une majorité écrasante, la communauté Ethereum a dû faire face à une scission. Animé au départ par une petite communauté d’utilisateurs russes (était-ce une blague au départ ? Y croyaient-ils réellement ?), le camp du « non au fork » a proposé de maintenir en vie la blockchain originelle, celle qui a consigné l’attaque de « The DAO » avec une philosophie très crypto-anarchiste. Je traduis leur profession de foi :

« Nous croyons en une blockchain décentralisée, publique et ouverte qui ne permet pas la censure. Nous souscrivons au projet initial d’Ethereum en tant qu’ordinateur global […] sur lequel s’exécutent en continu des contrats intelligents de manière irréversible […] Nous n’acceptons les « forks » que s’il s’agit de corriger des beugues concernant le fonctionnement de la plateforme elle-même et non pas dans l’intérêt de quelques uns… »

Ainsi le 24 juillet 2016 environ est née un nouveau réseau décentralisé portant le nom d’ « Ethereum Classic » et donc aussi par la même occasion un nouvel « altcoin » que tout le monde abrège en « ETC » (le C étant pour « Classic »). La blockchain de départ d’ « Ethereum Classic » est par construction l’ancienne blockchain non censurée…

Bilan des courses : ceux qui possédaient des éthers ETH au moment du « fork » les conservent mais en plus obtiennent instantanément et sans effort des éthers ETC en même quantité… L’expérience ETC était vouée à l’échec : toutes les principales plateformes d’échange de crypto-monnaies avaient prévu de rester fidèle à ETH et de pas afficher ETC. Toutes sauf une… Poloniex ! De même tous les mineurs étaient restés fidèles à ETH sauf quelques uns ! Franchement, pourquoi ne pas miner de l’ETC vu que la puissance de calcul nécessaire au minage est assez faible ? Si le réseau ne marche pas, tant pis mais si ça marche, on aura été les premiers à miner et donc à gagner de l’argent facilement… Tel était à peu près le raisonnement tenu par ces premiers mineurs ETC opportunistes…

J’avoue, je croyais l’aventure sans avenir. Des amis m’avaient demandé mon opinion sur ETC et je ne donnais pas cher de sa peau… Je n’y croyais pas car j’estimais le réseau trop fragile en termes de puissance de calcul, c’est à dire trop vulnérable à une attaque à 51%. Et je reste dubitatif. Pourtant, les faits sont en train de me donner tort. Autant que je sache, personne n’a mis en œuvre une telle attaque. De plus, portés par des spéculateurs attirés par l’idée de se retrouver au début d’une aventure qui potentiellement peut rapporter gros (et pas grand chose à perdre), l’ETC qui valait simplement 0 au départ vaut désormais 1.81$ au moment où j’écris ces lignes. Voir les graphes (2) sur coinmarketcap par exemple. De plus, le volume d’échange est impressionnant. C’est le second après celui du Bitcoin. En particulier, le volume d’échange (3) des ETC est supérieur actuellement à celui des ETH ! Enfin, rapportée en dollars, la capitalisation d’ETC (4) est passée en quelques jours de 0 à près de 150 millions ! Dans le même temps, le cours de l’ETH n’a pas diminué de manière significative. Aujourd’hui, Poloniex n’est plus seule à afficher ETC. Kraken le fait aussi. Bientôt d’autres suivront…

Financièrement, les anciens d’Ethereum qui auraient pu craindre la fin du monde (de leur monde) sont les grands gagnants de cette aventure à laquelle ils ont assisté en spectateurs. Ils ont gagné de l’argent sans rien faire. Le « fork » a créé de l’arbitrage sur le marché des devises… Et en fait, si l’on y réfléchit, il en sera de même à chaque « fork » de chaque monnaie numérique... Fugace arbitrage qui finit par disparaître avec le temps ! Comme tout en finance...

(1) carbonvote.com/
(2) coinmarketcap.com/currencies/ethereum-classic/#charts
(3) coinmarketcap.com/currencies/volume/
(4) coinmarketcap.com/

Cyril Grunspan est responsable pédagogique du département d'Ingénierie Financière de l'Ecole Supérieure d'Ingénieurs Léonard-de-Vinci.
Son blog : http://cyrilgrunspan.fr/

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Thursday, October 13th 2016
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