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Blockchain : quand la donnée devient flux


Jean-Luc Antoine, CTO Financials Services, CapGemini.






Existe-t-il encore des applications métiers pour lesquelles on puisse se passer d’une propagation fiable de l’information sur l’ensemble des parties prenantes ?

Cette interrogation suffit à mesurer la variété des domaines d’application de la blockchain qui, outre une mission « classique » de stockage de données, permet grâce aux smart contracts de leur appliquer un certain nombre de traitements bien utiles.

La finance est l’un des premiers secteurs à avoir su tirer parti des potentialités de la blockchain, notamment pour la validation des transactions. Autre domaine où son utilité n’est plus à démontrer : le cadastre, comme l’ont déjà bien compris des Etats comme le Ghana, la Géorgie ou le Honduras qui ont développé des Blocchains pour tracer l’ensemble de leurs actes notariés. Dans le domaine logistique, c’est en ce qu’elle autorise la désintermédiation que la blockchain se montre redoutablement efficace : elle permet en effet à chaque partenaire de la chaîne de faire tourner un nœud, d’inscrire les changements d’état correspondants à une pièce, de sa conception à sa maintenance, et de partager ces interventions avec le donneur d’ordre et ses prestataires, sans avoir à passer par un tiers de confiance… et donc avec des coûts et délais réduits. Enfin, si la blockchain ne permet pas de stocker des documents, en raison de leur taille, elle est cependant parfaitement appropriée à leur partage : la chaîne hébergera un hash de ces documents, ceux-ci étant propagés via un réseau spécifique de type IPFS (InterPlanetary File System).

Belle polyvalence, donc, pour cet outil, qui n’est pas sans conséquence pour l’entreprise, amenée dès lors le plus souvent à ne pas mettre en place une blockchain unique mais plusieurs chaînes de blocs, chaque nœud stockant l’ensemble des données. Ainsi se verra-t-on amener à envisager par exemple à la fois une chaîne logistique et une autre dédiée aux RH, de sorte que des informations restreintes à un service ne soient pas indûment partagées mais demeurent stockées et sécurisées sur la chaîne qui leur est propre.

Grands pouvoirs, grandes responsabilités

Cette sécurisation des données et leur stockage à vie, permis par la blockchain, ne sont précisément pas sans susciter quelques interrogations, notamment d’un point de vue juridique : la réglementation GPDR notamment exige que l’on puisse supprimer sélectivement une donnée, ce que ne permet pas la blockchain. Faut-il dès lors se priver de ce trop efficace outil ? Heureusement non, dès lors que l’on s’attache rigoureusement à la typologie des données que l’on y inscrit, en stockant par exemple les données personnelles dans un référentiel spécifique.

Même ainsi, il n’en demeure pas moins que les smart contracts constituent bel et bien le talon d’Achille de la blockchain… ou, en l’occurrence, leur cheval de Troie, leur défaut étant d’avoir été écrits par un être humain, avec les failles potentielles que cela implique. Car c’est bien là le paradoxe : d’un côté, on enrichit la donnée avec de l’intelligence, de l’autre on affaiblit potentiellement la confiance de la blockchain par le risque humain qu’on y injecte. La société Ethereum en a fait les frais il y a un an : son smart contract TheDAO s’exécutait parfaitement mais contenait un bug qui a permis à un pirate d’en détourner l’usage.

Reste qu’un déploiement de blockchain ne s’improvise pas, ne serait-ce que parce qu’elle rime pour les équipes en place avec nouveaux risques de sécurités ou impacts sur la topologie du réseau, entre autres. Il est bien beau de développer des POC simples, fonctionnels, encore faut-il intégrer les phénomènes périphériques tels que les capacités réseau ou de stockage. Côté sécurité, le danger guette moins dans la blockchain elle-même que dans son environnement : une application externe piratée peut ainsi pousser des transactions qui, alors qu’elles ne devaient pas être émises, seront validées par la chaîne de blocs. Et celle-ci comportera dès lors une information non valide… et impossible à supprimer.

Autre point faible de la blockchain : le temps réel. Mais dans ce domaine, les choses évoluent dans le bon sens. Jusqu’ici, pour savoir si une transaction a eu lieu, il fallait faire du polling : une opération coûteuse pour des requêtes le plus souvent à vide. Sur la dernière version de BigchainDB, une blockchain scalable, le streaming a fait son apparition. Autrement dit, il est désormais possible de s’abonner à la blockchain et d’être notifié dès qu’une transaction se produit, exactement comme vous le feriez pour ne pas manquer la sortie d’une nouvelle vidéo sur votre chaîne Youtube préférée.

Pour être définitivement adoptée par les entreprises, reste à la blockchain à passer l’étape de la standardisation : le succès de la couche bitcoin a en effet permis de déployer des forks pour personnaliser à l’infini consensus, tailles de blocs… Nul doute cependant que les grands du secteur (R3, Corda, Hyperledger Fabric) proposeront à court terme une forme de convergence – non pas une standardisation de type IETF, réglementations propres à chaque Etat obligent, mais du moins des smart contracts et des API. On peut aussi, à plus long terme, se prendre à rêver que la blockchain se dote d’une couche d’Intelligence Artificielle, rendant les smart contracts… encore plus smarts !

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Lundi 18 Septembre 2017
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